Les différentes étapes

19-Cheverchemont-La Villa « Les framboisiers »

Localisation : Cheverchemont

Historique

Cette villa, située au lieu dit « Cheverchemont », est louée pour les vacances de 1889 à 1895 par Émile Zola qui y loge sa maîtresse, Jeanne Rozerot, mère de ses deux enfants.

Depuis son domicile de Médan, situé de l'autre coté de la Seine où il réside avec son épouse Alexandrine, Émile Zola peut ainsi observer à la jumelle, en se postant à la fenêtre de son bureau, Jeanne et ses deux enfants.

Denise Leblond-Zola, fille de l'écrivain, relate dans ses mémoires: « la vue était directe, sans arbres gênants ni constructions à cette époque. Chaque jour, de la salle à manger, Jeanne Rozerot observait dans une longue vue installée sur un piédestal, M. Zola qui se tenait prêt à sa maison de Médan. De cette manière, à heure convenue, ils pouvaient convenir d'un rendez-vous galant et astronomique ».

Dans cette villa, « Les Framboisiers », Denise et Jacques ont passé des jours heureux avec leur mère à l'air pur à l'orée de la forêt de l'Hautil.

Au cours de l'année 1895, Jeanne et les enfants s'installent à Verneuil. La rude montée de Triel à Cheverchemont est terminée pour Emile Zola et la route directe entre Médan et Verneuil facilitera les rencontres familiales.

Jeanne Rozerot

Jeanne-Sophie Rozerot est née le 14 avril 1867 à Rouvres-sous-Meilly (Côte-d'Or). Son père Philibert Rozerot était meunier. Sa mère, Marie-Adèle Permann morte très tôt en 1870, l'a laissée orpheline avec sa sœur aînée, Cécile.

Leur père s'étant remarié, Cécile et Jeanne ont été confiées à leur grand-mère qui s'est occupée de leur instruction primaire en les envoyant à l'école des soeurs. Elles ont été recueillies par une cousine puis envoyées chez une tante maternelle boulangère à Courbevoie. Cécile a suivi la même profession que sa tante. Jeanne a été placée dans un atelier parisien pour apprendre le métier de lingère.

A l'âge de vingt et un ans elle est engagée comme domestique dans la maison d'Emile Zola.

La rencontre

Jeanne Rozerot fait la connaissance de l'écrivain dans la maison d’Émile Zola à Médan, en mai 1888, où l'épouse de Zola l'a embauchée comme couturière et lingère. Elle suivra le couple lors de ses vacances à Royan avec deux autres domestiques.

Jeanne Rozerot avait les cheveux noirs, les yeux clairs et la taille très fine. Pour la séduire, Zola avait perdu du poids en suivant un régime strict et musclé son corps en parcourant la campagne à bicyclette. Pour elle il avait rajeuni. Elle devient sa maitresse à l'automne 1888, Emile avait quarante huit ans et Jeanne en avait vingt et un.

L'histoire d'amour qui va unir le romancier et cette jeune lingère se déroule d'une manière extrêmement rapide. Tout se joue en quelques semaines. C'est pendant cette période également que Zola commence à pratiquer l'art de la photographie.

Le regard amoureux accompagne la vision du photographe. Émile Zola installe Jeanne Rozerot rue Saint-Lazare à Paris, où il réside l’hiver, puis, pour les vacances, à Cheverchemont sur la commune de Triel-sur-Seine ; plus tard, à Verneuil-sur-Seine à proximité immédiate de Médan.

Jeanne lui donne ses deux seuls enfants, Denise et Jacques.

La double vie d'Emile Zola

Il semble que son épouse, Alexandrine Zola, apprenne cette liaison à la fin de l'année 1891 par une lettre anonyme. Elle réagit violemment à cette découverte. La naissance des deux enfants, Denise en 1889 et Jacques en 1891, ajoute au désespoir d'Alexandrine Zola qui n'avait pas pu lui en donner. Finalement, les époux Zola ne divorcent pas, Zola s'engageant à ne pas abandonner sa femme et à lui conserver son statut officiel d'hôtesse de Médan.

Bien que s'étant engagé à ne plus voir Jeanne Rozerot, l'écrivain continue ses relations avec elle et poursuit sa double vie.

Par la suite, Alexandrine se radoucit et demande à rencontrer les enfants. Elle n'a eu qu'une seule exigence, que jamais devant elle, son mari n'évoque la mère de ses enfants. Un choix que Zola a respecté. Chaque fois qu'il partait rejoindre sa seconde famille, il disait simplement: « je vais voir les enfants! » Il les adorait et s'en occupait beaucoup.

Par une lettre du 16 août 1892, Zola dit à Jeanne Rozerot qu'il a évité le scandale en ne se séparant pas de sa femme. Par ailleurs, il lui assure que les enfants recevront bien une part de son héritage.

La réaction des proches

Les amis les plus proches ignoreront tout jusqu'au printemps 1889. Ils seront très surpris d'apprendre que le romancier a été vu à la tour Eiffel, en compagnie d'une jeune femme inconnue d'eux, portant un « chapeau rose »...

Un an avant sa mort, Zola avait entamé une procédure pour que les enfants portent son nom. Alexandrine lui avait promis qu’en cas de malheur elle s’occuperait de Jeanne et de ses enfants. C’est elle qui a décidé qu’ils s’appelleraient « Emile-Zola » et pas simplement « Zola », pour que leur nom passe à la postérité. Dès 1893, Emile avait écrit à Jeanne : « Il faudra bien que Denise et Jacques soient mes enfants pour tout le monde. Je veux qu’ils partagent tout le nom de leur père. »

Émile Zola est mort brutalement par asphyxie, dans son appartement de la rue de Bruxelles, le 29 septembre 1902. Assassinat ou mort accidentelle ?

« Un assassinat », déclare l'arrière petite-fille de l'écrivain. En 1951, son grand-père avait reçu la lettre d’un homme l’informant qu’il avait une grande révélation à lui faire : quelqu’un s’était confessé à lui. C’était un ouvrier qui travaillait dans un immeuble mitoyen à celui où habitait Zola, et il avait avoué avoir été payé par des anti-dreyfusards pour boucher la cheminée et asphyxier Zola.

A ce moment-là, il dormait avec Alexandrine, son épouse légitime… Émile, en voulant se lever à demi-inconscient, était tombé par terre, où il est mort. Alexandrine, qui dormait côté fenêtre, réussit à survivre.

Elle a pris une partie de l’héritage de son mari et a donné l’autre partie aux enfants.

Jeanne, Denise et Jacques, perdus dans la foule, ont suivi les funérailles de Zola en 1902. Mais en 1908, Alexandrine Zola et Jeanne Rozerot assistèrent ensemble à l'entrée au Panthéon de celui qui fut l'homme de leur vie à toutes les deux.

Jeanne Rozerot meurt au cours d'une intervention chirurgicale en 1914. Ses enfants Denise Emile-Zola et Jacques Émile-Zola accompagnèrent son cercueil au cimetière de Rouvres-sous-Meilly, sa terre natale.

Sources:

Archives de la Côte-d'Or FRADO 1EC 533/006

Jérôme Garcin, article dans le Nouvel Observateur 15 juillet 2014.

Lettres de Zola à Jeanne Rozerot.

Paris Match, interview de Brigitte Emile-Zola, arrière-petite-fille de l'écrivain 2016.

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