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Vous souvenez-vous du château de Groussay : ses salons, son petit théâtre et son parc redessiné dans le style des jardins du XVIIIe siècle, ponctué de ces petites constructions appelées fabriques qui nous font voyager dans le temps et l’espace?Charles de Beistegui, richissime amateur de l’art français l’avait acheté en 1938 et avait réaménagé de fond en comble cette construction du début du XIXe siècle, sur les conseils de l’architecte Emilio Terry.

En 2000, le domaine est acheté au neveu et héritier de ce mécène restaurateur par le célèbre producteur de Secrets d’Histoire, Jean-Louis Remilleux, passionné lui aussi par l’art du XVIIIe siècle et admirateur de l’œuvre accomplie par son ami Jacques Garcia au château de Champs-de-Bataille.

ID656 1 Patrimoine en dangerLe château de Groussay.  ID656 2 Patrimoine en dangerTente tartare , une des fabriques de Groussay.  ID656 3 Patrimoine en dangerTente tartare, une des fabriques de Champs-de-Bataille. 

« Depuis que j'ai la charge de ce monument classé dont je me sens davantage le dépositaire que le propriétaire tant la vie humaine est courte devant les siècles d'histoire du patrimoine, je mesure la singularité du génie créatif de Beistegui. Groussay, ce sont le goût et l'audace d'un homme qui, toute sa vie, a transformé les lieux, échafaudé des projets, bousculé les convenances, imaginé un paradis, s'entourant d'artistes anticonformistes, dans le seul souci d'approcher la beauté. Le tout pour son plaisir et celui de quelques amis dans un premier temps. Pour notre enchantement à tous, aujourd'hui.» (*) 

TMH l’avait visité en mai 2011 alors qu’il venait d’être vendu par son propriétaire, désireux d’acheter et de restaurer un autre château, celui de Digoine. Or, dans une interview donnée à la Gazette de Drouot du 4 décembre 2020, Jean-Louis Remilleux, à la remarque du journaliste : «Hélas, le château est aujourd’hui à nouveau à vendre et dans un triste état», affirme : « C’est un crève-cœur. Je pensais l’avoir cédé à des gens riches, qui allaient pouvoir mettre des centaines de milliers d’euros que nécessite l’entretien de ce genre de maison. Je ne pouvais pas imaginer que ces personnes étaient malhonnêtes. » Le château aurait été acheté par une SCI, agissant au nom de la fille du président d’Ouzbékistan, avec des fonds, fruits de blanchiment et de corruption.

ID656 4 Patrimoine en dangerLa château de Rosny-sur-Seine abandonné. ID656 5 Patrimoine en dangerRosny-sur-Seine : Bernard Anthonioz, pour en faire un relais-château, le restaure mais est contraint de le mettre en vente après d’énormes dépenses. 

Ce château, classé monument historique depuis 1993, connaîtra-t-il le sort de celui de Rosny-sur-Seine, classé en 1943. Ce dernier fut en effet acheté par une société japonaise qui, avant de l’abandonner, arracha tout ce qui pouvait se monnayer. L’urbex (l’exploration de bâtiments abandonnés en ruines) est à la mode. Espérons que les propriétés de la duchesse de Charost et de la duchesse de Berry ne connaîtront pas ces curieux impécunieux d’un passé détruit, mais d’autres amateurs privés ou étatiques, dotés de ressources suffisantes pour empêcher vandalisme et mort de ces monuments pourtant soumis à protection.

Françoise Desmonts

(*) Citation de Jean-Louis Remilleux dans Groussay-l'Abécédaire des Châteaux.